Beck
Difficile de faire entrer Loser et Sea Change dans une seule définition. C’est pourtant entre ces pôles, et bien d’autres, que Beck a construit son œuvre. Né à Los Angeles dans une famille d’artistes, Beck Hansen s’impose au début des années 1990 avec un collage de folk et de hip-hop dont l’ironie devient un emblème de la culture alternative.
Mellow Gold puis Odelay élargissent cette méthode. Samples, guitares et références populaires se frottent les uns aux autres ; Midnite Vultures donne davantage de place au funk et à l’exubérance. Sea Change fait ensuite entendre une autre capacité, celle d’écrire des chansons de séparation avec des arrangements orchestraux et un dépouillement émotionnel très différent. Ces directions ne constituent pas des personnages entièrement séparés : elles révèlent plusieurs usages du même atelier musical.
Guero revient vers le collage, Morning Phase prolonge la veine contemplative et reçoit le Grammy de l’album de l’année. Colors puis Hyperspace déplacent encore les équilibres vers une pop plus synthétique. Beck peut être auteur, interprète et producteur sans donner à chacune de ces fonctions une frontière nette.
Sa discographie fonctionne comme une bibliothèque que l’on continuerait de réorganiser. Country, soul, rock et électronique n’y sont pas des références à montrer, mais des matières avec lesquelles fabriquer. Cette liberté ne retire pas aux chansons leur identité : on reconnaît une manière d’assembler les fragments, de faire cohabiter une émotion sincère et une distance amusée. Chez Beck, changer de son est souvent une façon de poser autrement la même question, plutôt que de recommencer à zéro.